Portraits d'artistes - Voix

Marie-Laure Garnier célèbre les compositrices

Marie-Laure Garnier Partager sur facebook

Entre le Musée d’Orsay, la Salle Cortot, la Cité de la Musique et les Invalides, la soprano enchaîne les rendez-vous parisiens au mois de mars. Au fil de ces concerts, elle affirme son attachement au répertoire chambriste et son engagement en faveur des femmes compositrices, qu’elle contribue à faire redécouvrir avec conviction et sensibilité.

Ces dernières années, Marie-Laure Garnier a pu s’illustrer dans un vaste répertoire qui l’a menée aussi bien sur les scènes lyriques qu’en récital, traversant les époques jusqu’au répertoire contemporain. Elle se réjouit de ce parcours qui a accompagné l’évolution de sa voix, dont l’opulence avait été appréciée dès ses débuts : « Je suis un soprano falcon, avec une tessiture étendue : ma voix descend vers des graves plutôt rares pour un instrument féminin et s’élève vers des aigus de soprano. Pourtant, c’est dans le médium et le haut médium qu’elle s’épanouit pleinement. Lorsque j’ai commencé le chant, elle était plus légère. Avec le temps, elle s’est renforcée, elle a gagné en chair et en densité. Chaque expérience la façonne et l’affine. Le répertoire que j’ai abordé ces dernières années m’a permis de développer davantage de souplesse et d’élargir ma palette de couleurs et de textures. La musique contemporaine, notamment, m’a beaucoup appris : elle pousse hors de sa zone de confort, vers des nuances plus subtiles. L’opéra, quant à lui, m’a apporté ampleur et assise, surtout dans le rapport à l’orchestre. » Si l’ampleur de l’instrument ouvre de merveilleuses possibilités pour le répertoire opératique, la soprano continue d’approfondir avec une égale passion des répertoires plus intimistes : « La musique de chambre représente pour moi un espace d’écoute et de dialogue où le texte occupe une place essentielle. Il faut trouver un équilibre subtil avec les instrumentistes pour que la parole circule, que le sens se construise. Je travaille depuis plus de dix ans avec la pianiste Célia Oneto-Bensahid, et cette fidélité a créé une véritable osmose. »

Au croisement des arts

Plus récemment, Marie-Laure Garnier a commencé à collaborer avec le Quatuor Magenta. Ils donnent ensemble un concert au Musée d’Orsay, un lieu que la chanteuse connait bien : « Le Musée d’Orsay occupe une place particulière dans mon parcours, puisque j’ai été lauréate de l’Académie Orsay-Royaumont. J’y ai donné plusieurs concerts dans le cadre des promenades musicales, et j’ai eu la chance de bénéficier de master class avec des historiens de l’art. Pouvoir découvrir les œuvres dans leur contexte historique et les mettre en regard avec des compositeurs comme Debussy ou Ravel a été une expérience fondatrice. Je parle souvent de « palette sonore » : le vocabulaire de la musique rejoint celui de la peinture. Les couleurs, les textures, la lumière… Tout cela existe aussi dans le son. » Pour le concert de mars, les pièces choisies entrent en résonance avec le tableau Paysage de villa italienne au bord d’un lac avec huit portraits de Georgiana Louisa Berkeley. De quoi inspirer la chanteuse : « Ce qui me touche particulièrement dans cette œuvre, c’est d’y voir presque les coups de pinceau, toute la subtilité de la technique. J’aime aussi la délicatesse de ses teintes pastel. J’ai envie de chercher un son aux couleurs aussi douces et nuancées. La musique permet cette liberté, cette part de magie. »

Un travail collectif

Le programme met à l’honneur quelques femmes compositrices aujourd’hui oubliées telles que Charlotte Sohy, Ina Boyle ou Fernande Peyrot. C’est notamment le travail d’Héloïse Luzzati à la Cité des compositrices qui a permis ces redécouvertes : « Un immense travail de recherche est mené en amont, notamment à la BnF, pour retrouver, déchiffrer et transmettre ces partitions. Nous arrivons ensuite avec notre regard d’interprètes, et nous construisons les concerts à partir de ce matériel. C’est une dynamique collective profondément stimulante. Une part essentielle de mon engagement artistique vise à valoriser le répertoire des compositrices. Il y a là un terrain d’exploration extraordinaire : nous devons presque réinventer une manière de les interpréter, en puisant dans notre boîte à outils artistique. » Toujours au mois de mars, la soprano se produit à la Salle Cortot avec l’orchestre Lamoureux, en s'inscrivant dans la même perspective. Elle propose notamment des pièces de compositrices emblématiques comme Pauline Viardot et Nadia Boulanger mais également de personnalités plus inconnues, comme Marie Jaëll ou Henriette Puig-Roget. Les autres concerts de la période la mèneront vers des répertoires différents : « Je serai en création à la Philharmonie dans Circé de Benoît Menut, une œuvre qui célèbre une figure féminine à la fois puissante, mystérieuse et spirituelle, ce qui résonne fortement avec mes engagements artistiques. Je chanterai également aux Invalides pour un concert sur le thème de l’Orient fantasmé. Puis en avril je serai à l’Opéra Royal de Versailles pour Platée. Cette diversité me ressemble : j’aime passer d’un univers à l’autre, me nourrir de styles et de formats variés. Les répertoires se répondent, s’enrichissent mutuellement. »

 

Elise Guignard - publié le 02/03/26

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