Portraits d'artistes - Voix

Paul-Antoine Bénos-Djian passion Purcell

Paul-Antoine Bénos-Djian Partager sur facebook

Avec la densité et la chaleur de timbre qui signent son identité vocale, Paul-Antoine Bénos-Djian explore avec bonheur le répertoire baroque sans pour autant s’y limiter. Pour son premier récital dans une grande salle parisienne, à la Cité de la Musique, le chanteur propose un programme de musique anglaise aux côtés de la violiste Salomé Gasselin.

Du Conservatoire de Montpellier au Centre de musique baroque de Versailles puis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Paul-Antoine Benos-Djian est passé par quelques-unes des institutions les plus reconnues du milieu musical français. Mais si la musique l’accompagnait déjà dans son enfance, son envie de s’y consacrer professionnellement vint plutôt sur le tard : « J’ai étudié les percussions et pratiqué le chant choral très jeune mais je n’ai pas tout de suite envisagé d’en faire mon métier. Après le bac, j’ai fait trois années de droit et c’est à l’issue de ma licence que j’ai compris que je voulais vraiment me consacrer au chant. Après avoir navigué entre les tessitures de baryton et de ténor, je me suis aperçu que mes aigus revenaient naturellement en falsetto. On m’a alors parlé de la voix de contre-ténor et de tout le répertoire qui lui était associé. C’est ainsi que j’ai découvert presque simultanément ma voix et la musique baroque. » Ce répertoire baroque, Paul-Antoine Bénos-Djian a pu l’étudier en profondeur lors de ses années au Centre de musique baroque de Versailles : « J’ai d’abord découvert la musique française, avec des compositeurs comme Charpentier, Bouzignac ou Moulinié. Olivier Schneebeli, qui dirigeait alors la maîtrise, m’a transmis son goût pour cette esthétique et pour la théâtralité qui lui est intrinsèque. C’est d’ailleurs une dimension qui continue de me passionner : dans le récitatif baroque, j’aime partir du texte, chercher les couleurs et travailler chaque intention. Pour autant, je n’ai pas envie de m’enfermer dans une case : une voix, quelle qu’elle soit, reste avant tout le vecteur d’un texte et d’une émotion. J’aime l’idée de pouvoir explorer tout ce qu’elle peut exprimer à travers des répertoires très différents. » Depuis ses années d’études, le contre-ténor a tracé un chemin qui l’a mené sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe. Malgré la fragilité actuelle du milieu musical, il conserve un regard positif sur son métier : « Je me sens très chanceux de pouvoir vivre de ma passion, d’autant plus dans un contexte particulièrement difficile pour le monde de la culture. Le modèle traditionnel de l’opéra est aujourd’hui profondément remis en question, notamment par des contraintes financières toujours plus fortes, mais cette situation nous pousse aussi à imaginer de nouvelles formes. À nous, artistes, de saisir ce moment comme une occasion de nous réinventer.  Et contrairement à l’image un peu stéréotypée que l’on peut avoir du monde de l’opéra, j’y ai surtout découvert beaucoup d’entraide et une véritable solidarité entre chanteurs. »

Groove et poésie

Le concert à la Cité de la musique met le répertoire baroque anglais à l’honneur. Paul-Antoine Bénos-Djian y retrouve un univers qu’il connaît intimement, auquel il a notamment consacré un disque avec le Consort en 2025. Au programme figurent de très belles pages de John Dowland, Tobias Hume ou encore John Blow, tout en réservant une place centrale à Henry Purcell : « La musique de Purcell me touche particulièrement par son incroyable modernité. Dans certains airs, la basse obstinée, que l’on appelle le ground, évoque par moments des langages apparus bien plus tard, comme le jazz ou la pop. Mon passé de percussionniste y est certainement pour quelque chose : je ressens un véritable groove dans cette musique. J’aime aussi la liberté qu’elle laisse à l’interprète : celle de faire ondoyer la ligne mélodique au-dessus d’une basse immuable, de jouer avec les mots et d’y apporter sa propre sensibilité. Et puis il y a cette mélancolie très associée à ce répertoire, qui recèle en elle une grande beauté. Le lien avec le théâtre et la poésie est aussi essentiel. Avec Purcell, on sent que Shakespeare n’est jamais très loin. » Pour l’occasion, le chanteur retrouve la violiste Salomé Gasselin, avec laquelle il partage une belle complicité musicale et amicale : « Nous nous connaissons depuis presque dix ans. Notre première collaboration remonte à nos années de conservatoire, à l’occasion d’un projet de fin d’études. Nous avions ensuite fondé un petit ensemble avec quelques amis musiciens. C’est une artiste que j’admire énormément, tant humainement que musicalement. Dans ce répertoire de musique anglaise, qu’on a plutôt l’habitude d’entendre accompagné au luth, la viole de gambe apporte une couleur singulière. Par la sonorité de son instrument, son talent et sa sensibilité, Salomé apporte une palette sonore qui me parle beaucoup. » Les prochaines années s’annoncent passionnante pour le contre-ténor, qui ne manque ni de projets ni d’envies : « À plus ou moins long terme, j’aimerais beaucoup me confronter à l’Orphée de Gluck. C’est un rôle iconique, à la jonction des univers baroque et classique, une forme d’idéal vers lequel j’aimerais tendre. Je souhaite aussi continuer à explorer ces héros et anti-héros écrits pour les voix de castrats altos, tout en m’aventurant davantage du côté de la musique contemporaine, notamment à travers des compositeurs comme George Benjamin. Plus largement, j’ai envie de continuer à cultiver cette diversité de répertoires. J’aimerais aussi, un jour, sortir davantage des sentiers battus en imaginant un projet qui ferait une place à la musique électronique ou à la chanson pop. Ce n’est qu’une idée vague encore, mais la possibilité de faire dialoguer les différentes musiques qui m’ont construit me plaît énormément. »

Elise Guignard - publié le 02/10/26

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