Stéphanie d'Oustrac la joie en partage
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Forte d’un tempérament flamboyant que les années ont enrichi d’une belle maturité artistique, Stéphanie d’Oustrac poursuit ses engagements avec la même énergie qu’à ses débuts : celle du plaisir. Tout juste sortie d’une répétition de Carmen à Bastille où elle incarne l’iconique cigarière, elle partage avec nous sa vision du métier et son amour pour ce rôle mythique.
Saison après saison, la mezzo française continue d’assumer pleinement une personnalité artistique multifacette : « Chaque projet que j’accepte me nourrit et j’ai la chance, encore aujourd’hui, de pouvoir aborder des choses très différentes. Parmi les productions d’opéras qui m’ont profondément marquée ces dernières années, il y a eu par exemple l’Orontea à la Scala de Milan dans une mise en scène de Robert Carsen : chanter en italien dans cette salle mythique est impressionnant, mais tout s’est très bien passé. Il y a eu aussi une très belle production d’Agrippina de Händel à Amsterdam, ou encore La Périchole avec Guillaume Gallienne et Louis Langrée à l’Opéra Comique, un souvenir absolument magnifique. » Trois souvenirs qui révèlent bien les différents terrains de jeu de Stéphanie d’Oustrac, aussi à l’aise dans la tragédie que dans la comédie. Ce vaste champ des possibles lui a été ouvert dès ses débuts, alors qu’elle excellait dans la musique ancienne auprès d’un certain William Christie : « J’ai très vite chanté La Belle Hélène ou La Périchole, tout en continuant les Armide, Médée ou Proserpine. Souvent des rôles de femme forte. Mozart est aussi resté longtemps dans mon répertoire et j’espère continuer à l’interpréter. Pour la santé vocale, je pense que passer d’un répertoire à l’autre est très important : cela permet de préserver l’élasticité musculaire et de maintenir le corps, et donc la voix, dans une forme optimale. C’est l’une de mes priorités. »
Trouver son équilibre
L’autre priorité que la chanteuse s’est toujours fixée est de préserver le plaisir dans son travail : « On est confronté très tôt à la pression et une grande part de la carrière se joue sur le plan mental. Je me suis toujours dit que tant que le plaisir l’emportait sur le stress, je pouvais continuer. Et pour veiller à cet équilibre, il faut savoir rester attentif à soi-même : se demander pourquoi on fait ce métier, ce qu’il nous apporte, ce qu’on peut donner. Accueillir ce questionnement intime, sincère, permet de rester à l’endroit le plus juste possible. Ce métier doit rester un métier de passion, de joie. » Une ligne de conduite pas toujours simple à tenir dans un milieu ultra-concurrentiel valorisant une quête permanente de dépassement de soi, mais essentielle à l’intégrité artistique : « Pour transmettre quelque chose de vrai au public, être pleinement présent au spectacle comme à ses partenaires, il faut être porté par l’enthousiasme et le désir. Bien sûr, on n’a pas toujours la maîtrise de l’ensemble des choix artistiques sur une production, il peut y avoir des frustrations, mais aujourd’hui ce sont avant tout les équipes qui nourrissent mon envie. J’espère toujours faire de belles rencontres. »
Mille Carmen
Ces semaines-ci, la mezzo renoue avec le rôle emblématique de Carmen. Un personnage qu’elle n’a cessé de faire évoluer, au fil des années, sur les scènes lyriques : « Je me souviens très bien de la première fois que j’ai chanté Carmen. C’était à l’Opéra de Lille dans la mise en scène de Jean-François Sivadier avec une équipe formidable. J’ai adoré cette production, que j’ai reprise ensuite à Strasbourg. Carmen appartient à ces grands rôles qui naviguent entre comédie et tragédie. Je n’ai pas une idée figée du personnage : il peut prendre mille visages, et c’est justement cette diversité qui me passionne. Chaque mise en scène ouvre une nouvelle voie d’exploration. » À Bastille, ce sera celle de Calixto Bieito : « C’est une proposition très forte, ancrée dans le milieu gitan, avec une dureté assumée. Je la trouve particulièrement intéressante. J’ai connu des mises en scène très différentes au fil de mon parcours, mais ce qui compte avant tout pour moi, c’est qu’il y ait une lecture claire. Je crois profondément que lorsqu’un metteur en scène aime l’œuvre et qu’il est convaincu de ce qu’il a à dire, il embarque artistes et public dans son univers. Bien sûr, il y a parfois des abus, des gratuités, on le sait, on le subit aussi en tant qu’interprète. Mais j’ai eu beaucoup de chance : je ne me suis jamais retrouvée dans un bateau sans capitaine ! »
Elise Guignard - publié le 03/02/26