Dossiers - Musique ancienne

Händel Le Messie

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Régulièrement donné à l’époque des fêtes, chef-d’œuvre de l’oratorio en langue anglaise, le Messie est l’une des œuvres les plus populaires de Händel.

Après plusieurs années couronnées de gloire dans le domaine de l’opéra italien, Händel voit ses œuvres dramatiques de plus en plus boudées par le public londonien. Le succès populaire de The Beggar’s Opera (1728), un ballad opera de John Gay et John Christopher Pepusch, convainc le compositeur que le public aspire désormais à un nouveau type de divertissement, en langue anglaise. De plus, les difficultés économiques que connaissent ses différentes Académies, le succès rencontré par la reprise, en 1732, de son oratorio Esther et l’interdiction, en 1737, de donner des opéras pendant le Carême à Covent Garden poussent le compositeur à changer son fusil d’épaule. Après une nouvelle saison d’opéra italien désastreuse en 1741, Händel abandonne définitivement ce genre pour se consacrer à l’oratorio. C’est Charles Jennens, amateur de musique et homme de lettres éclairé, déjà l’auteur du livret de Saül (un précédent oratorio de Händel), qui propose au compositeur un texte sur le sujet du Messie. En juillet 1741, Jennens écrit à son ami Edward Holdsworth : « J’espère qu’il y mettra tout son génie et son talent, afin que la composition puisse surpasser toutes ses œuvres antérieures, car le sujet dépasse tous les autres. » Fidèle à ses habitudes, Händel compose très rapidement : il commence à travailler le 22 août 1741 et achève son oratorio le 14 septembre suivant.

Invité par le lord lieutenant d’Irlande à donner une série de concerts à Dublin, Händel part en novembre, emportant avec lui la partition de son nouvel oratorio. Le Messie sera créé le 13 avril 1742 au Music Hall de Fishamble Street. Après une répétition générale très appréciée laissant présager une forte affluence lors de la première, les dames sont priées de venir sans robe à panier et les hommes sans leur épée, de manière à pouvoir accueillir le plus de monde possible dans la salle, d’une capacité de 600 personnes. Le succès escompté est au rendez-vous : 700 personnes sont venues assister au concert et le total des gains (400 livres sterling) est entièrement reversé à des œuvres de bienfaisance. On peut lire dans le Dublin Journal : « Les mots nous manquent pour exprimer le ravissement exquis qu’il a offert à un public admiratif venu nombreux. Le sublime, le grandiose et le tendre, mis au service des mots les plus nobles, les plus majestueux et émouvants, conspiraient à transporter et à charmer le cœur et l’oreille ravis. »

L’année suivante, le 23 mars 1743, Le Messie est joué à Covent Garden à l’occasion de la saison d’oratorios donnés lors du Carême. Malheureusement, l’œuvre ne reçoit pas un accueil aussi chaleureux qu’à Dublin. On reproche essentiellement au Messie de jouer des textes sacrés dans l’environnement profane (voire perverti !) qu’est le théâtre, lieu de divertissement avant tout. On peut lire dans un journal de Londres : « Un oratorio est un acte religieux ou n’en est pas un. Si c’en est un, je demande si le théâtre est un temple convenable pour sa célébration, et si une compagnie d’acteurs sont les dignes ministres de la parole de Dieu [...]. Quelle profanation du nom et de la parole de Dieu cela représente-t-il d’en faire un usage aussi frivole ? » Pressentant l’hostilité à venir, Händel avait pourtant passé sous silence le titre véritable de son œuvre en annonçant simplement « un nouvel oratorio sacré ». Précaution inutile pour les puritains, empressés de s’offusquer... 

Une synthèse des influences

La popularité du Messie doit beaucoup à Jennens qui a su compiler avec art les différents textes bibliques. L’ensemble forme une vaste méditation, sans narration directe ni personnage dramatique. En trois parties, le livret traite de l’annonce de la venue du Christ, de la Passion et de la Résurrection, et enfin offre une réflexion sur la Rédemption. La musique d’Händel trahit les diverses influences du compositeur. Ainsi, l’oratorio est très proche de ses opéras italiens : forme en trois parties (avec ouverture à la française), alternance d’airs et de récitatifs, importance de l’aria da capo, figuralismes expressifs pour traduire en musique le texte. Mais on y trouve également des similitudes avec la passion germanique (rôle prépondérant du chœur, développement de l’arioso dans les parties solistes, récitatif accompagné plutôt que sec) et les anthems de la musique chorale anglaise. L’instrumentation est très sobre : en plus des cordes, hautbois, bassons et timbales, Händel emploie les trompettes de manière ponctuelle pour un effet saisissant à l’image de l’intervention soliste dans « The trumpet shall sound ». Tout l’oratorio tend vers la tonalité majestueuse de ré majeur, qui explose dans les chœurs de l’« Hallelujah » et du « Amen » final.

Après la création londonienne mitigée en 1743, Händel redonnera plusieurs fois son oratorio, le modifiant en fonction des circonstances et des interprètes. Le Messie trouve rapidement son chemin dans le cœur du public. Après la mort du compositeur, il connaîtra plusieurs remaniements, plus ou moins heureux, à commencer par celui de Mozart en 1789, mais sans jamais perdre de sa popularité. 

Floriane Goubault