Portraits d'artistes - Chef

Michel Plasson l'élégance française

Michel Plasson
Michel Plasson a parcouru le monde pour transmettre sa passion du répertoire français.
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Michel Plasson dirige l’Orchestre Lamoureux dans un programme dédié au groupe des six. C’est avec une flamme toujours ravivée que le maestro parle de la musique française

La véritable vocation qu’est devenue la musique française pour Michel Plasson est partie d’un constat : « J’ai toujours été frappé de l’importance de la musique française, et paradoxalement du manque d’intérêt qu’elle suscitait dans notre pays. La France s’intéresse beaucoup à sa littérature, à ses poètes, à sa peinture, mais trop peu à sa musique. Il n’y a pas un seul musicien français au Panthéon par exemple. » Le chef en a retiré depuis toujours une certaine incompréhension, considérant ce répertoire comme un joyau brut : « Le répertoire français est un répertoire très différent des autres. Il a des singularités, des particularités tout à fait inouïes dans la pensée, dans la forme…. C’est un univers très varié, avec en même temps une unité incroyable. Mon amour pour cette musique est né naturellement, car j’aime toutes les belles musiques, celles qui apportent le merveilleux, le bonheur, une certaine connexion à l’au-delà. » C’est donc avec l’envie de lui rendre justice à un répertoire trop peu ou mal représenté que Michel Plasson a décidé de s’y consacrer : « Avec quelques musiciens nous sommes partis en campagne pour revaloriser la musique française. Je pense que la musique qui n’est pas jouée n’existe pas, parce que personne ne va en bibliothèque pour lire des partitions. Pour cette raison je ne voyais pas d’intérêt à enregistrer des œuvres qui sont jouées très souvent, trop souvent probablement, alors que d’autres ne le sont pas du tout. Mon travail a aussi été de partir à la recherche du son perdu de l’école française. » Cette recherche passionnée et constante a amené un travail bien spécifique auprès des orchestres : « Pour qu’un orchestre puisse interpréter la musique française comme elle devrait l’être, je pense qu’il lui faut une dizaine d’années de travail avec les mêmes musiciens et le même chef, et avec un idéal, un objectif esthétique en tête. La plupart des orchestres du monde sont merveilleux par leur polyvalence et leur capacité à interpréter tous les répertoires, mais ils n’ont pas de personnalité spécifique et jouent la musique française d’une manière assez éloignée de ce qu’elle est. J’ai eu la chance de diriger des orchestres extraordinaires, qui avaient des couleurs somptueuses dans certains répertoires, dans le répertoire allemand par exemple, mais ils n’avaient pas la couleur française. Je me suis obstiné pendant toutes ces années, peut-être trop d’ailleurs, à créer un orchestre qui avait une couleur différente. » À la Seine Musicale, c’est avec l’Orchestre Lamoureux que Michel Plasson collabore, une formation dont il est chef honoraire depuis 2018 : « Je suis lié sentimentalement à l’Orchestre Lamoureux, car mon père y jouait comme violoniste. Il y est resté pendant 30 ans et quand j’étais enfant j’allais régulièrement écouter cet orchestre, qui comptait dans ses rangs l’élite de la France. »

Bouquet d’artistes

Le concert de ce mois-ci est consacré à un sujet bien précis au sein du répertoire français, celui du Groupe des Six : « L’idée de faire un programme sur le Groupe des Six ne vient pas de moi, même si j’aurais pu l’avoir. Elle est venue d’Autriche car le Brucknerhaus de Linz m’avait invité à diriger un concert sur ce thème. J’ai trouvé la proposition amusante. C’est un petit tableau d’une époque, où figurent des musiciens incroyablement doués et complètement différents, tous liés par une amitié profonde. Ils avaient été réunis par Jean Cocteau, comme des fleurs variées rassemblées dans un même bouquet. Bien sûr il est difficile d’associer des univers musicaux si éloignés au sein d’un même concert. Mais l’intérêt est de pouvoir les comparer. D’autre part certaines œuvres du concert sont assez méconnues et je trouve intéressant de les découvrir. Le Concertino pour piano de Louis Durey est une pièce tout à fait rare. » Le maestro se dit attaché à plusieurs compositeurs du programme en particulier : « J’ai très bien connu certains des musiciens du Groupe des Six, notamment Georges Auric. Je n’ai pas connu Darius Milhaud mais j’ai enregistré ses symphonies pour Deutsche Grammophon. Poulenc est évidemment un musicien exceptionnel et son opéra Dialogues des carmélites m’a longtemps hanté. Je suis heureux de pouvoir faire renaître cette période. » Une chose est sûre, les années n’ont pas tempéré la passion du chef qui enchaine les concerts et les projets, accueillant même chez lui une académie pour jeunes musiciens : « J’organise cette académie dans ma propriété du sud de la France, où les jeunes viennent travailler avec José Van Dam, Sophie Koch, et beaucoup d’autres artistes extraordinaires. Pour le temps qu’il me reste, et celui qu’il ne me restera plus, ma maison sera une maison de musiciens, colorée par la musique et la langue françaises. »

 

Élise Guignard