Dossiers - Contemporain

Hugues Dufourt Le dissident

Hugues Dufourt
Né en 1943, Hugues Dufourt est l’un des principaux compositeurs associés au courant de la musique dite spectrale. Auteur d’articles importants sur la musique, il est directeur de recherche au CNRS depuis 1985.
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« La grande musique, dit Hugues Dufourt, commence à partir de la quinzième minute ». Auteur d’œuvres souvent lentes et fascinantes, le compositeur français témoigne d’une maîtrise du son qui n’a d’égale que sa gestion du temps. Sa musique, chargée de drame, brûle d’une nécessité intérieure, reflet d’une trajectoire complexe que la Cité de la musique retrace au travers d’une vaste rétrospective de ses œuvres récentes.

Il y a une blessure en Hugues Dufourt : la création de Surgir à la Salle Pleyel en 1985. « Des dames avec des colliers de perle hurlaient aux premiers rangs : « Salaud ». La composition est un acte politique ; le message de l’œuvre avait donc été parfaitement compris ».

 

Ce scandale scinde, bien malgré lui, la trajectoire d’un créateur dissident. De son propre aveu, sa vie se sépare en trois parties. La première s’ancre dans les conquêtes des années soixante-dix. Ce fut la révolution de la musique spectrale : « J’appartiens tout de même à une génération qui a conquis la lune et l’ADN ! En musique, ma génération a étudié l’intérieur du son. Les utopies et le capitalisme d’aujourd’hui sont des effondrements ». La deuxième survient avec les dix années qui ont suivi cette douloureuse première à Pleyel: « J’ai vivoté. C’était fini, plus de coup de téléphone, on me tournait le dos ». Puis la troisième engendra un mal pour un bien puisque Dufourt s’ouvrit à l’étranger, ce qui fait de lui aujourd’hui l’un des compositeurs français les plus joués dans le monde, notamment en Allemagne.


Juste retour des choses pour l’un de nos grands musiciens, la Cité de la Musique offre à Hugues Dufourt un large cycle. Un hommage que l’homme accueille avec retenue : « Si cela n’était pas venu après un silence de trente ans, alors oui j’aurai pu le revendiquer comme un honneur, mais difficile d’imaginer une consécration après trente ans de vide ! ». Le public aura néanmoins l’occasion d’écouter une vaste rétrospective des œuvres récentes du compositeur, mises en regard avec Debussy.


Bien qu’il la récuse, l’association avec le musicien des Images s’imposait. Cela fait des années en effet que Dufourt s’inspire de peinture pour sa musique. Citons parmi ses œuvres des pièces comme L’origine du monde d’après Courbet, l’Asie d’après Tiepolo ou les Chardons d’après Van Gogh : « J’ai eu la chance de naître dans une famille passionnée de peinture. De par mes racines vénitiennes, on m’a très tôt sensibilisé à l’opposition fondamentale qui existe entre Venise et la Toscane. D’un côté, la Toscane, un art hautement maîtrisé et intellectualisé, la primauté du dessin. De l’autre, Venise, avec la primauté de la couleur et de la sensation. Tiepolo par exemple, c’est l’invention de l’espace cinématographique ! Tous ces clairs-obscurs, ces effets de lumière jusqu’à la dissolution des formes répondent à la lumière et l’humidité de la lagune vénitienne ».


On le devine, la musique n’est jamais loin avec Hugues Dufourt, irréductible polémiste: « Je n’ai jamais cessé de dire que la musique n’est pas faite que de traits et de notes, ce n’est pas un art du contrepoint ! Ce sont également des déploiements de couleurs et d’énergies, des expansions volumétriques, avec de mon côté, toujours, une forme de violence intérieure ». Le cycle de la Cité de Musique promet une formidable explosion de couleurs.

Laurent Vilarem