Dossiers - Contemporain

Philippe Manoury Passion orchestre

Philippe Manoury
Né en 1952, Philippe Manoury est l’un des compositeurs qui a le plus écrit pour l’IRCAM. Il reçoit en 2012 la Victoire de la Musique du Compositeur de l’Année pour son opéra La nuit de Gutenberg.
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Il est l’un de nos grands compositeurs. réputé pour sa maîtrise de l’électronique, Philippe Manoury puise son art de l’orchestration autant chez Debussy que Richard Strauss. Germanophile avéré, la figure de Stockhausen a également beaucoup compté pour lui.Il était donc logique qu’il soit l’une des figures de référence du festival Présences que Radio France consacre à l’axe musical Paris-Berlin.

Depuis son retour en Europe, Philippe Manoury est un compositeur heureux. « Il est vrai que j’ai composé plus de deux cents pages de musique en un peu moins d’un an ! Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai développé aux Etats-Unis beaucoup de contacts en Europe, notamment en Allemagne où 60 % de ma vie musicale se passe désormais. L’offre de l’Allemagne en matière de création est très riche, due à sa décentralisation. Ce qui m’a frappé à mon retour en France, c’est la diminution de la place de la musique savante dans les médias, même les plus sérieux. J’écoute par exemple très souvent France Culture qui est une radio formidable. Autant les émissions sur la science et la philosophie sont passionnantes, autant je reste ahuri par « l’habillage musical » que je trouve d’une platitude et d’une banalité confondantes. Il faut absolument que cela sonne « rock », quel que soit le sujet abordé ».


C’est à Strasbourg que Philippe Manoury vit et enseigne aujourd’hui après huit ans passés à San Diego. Une situation idéale, entre Allemagne et France, où il peut s’adonner à loisir à la réflexion et l’écriture musicales. Le planning du compositeur est des plus chargés: après un concerto pour piano en juin, il vient de créer coup sur coup pour deux festivals allemands un concerto pour deux pianos et une grande pièce pour orchestre spatialisé en huit groupes en atten- dant un concerto pour violoncelle pour l’Orchestre de Chambre de Paris dont il est le compositeur en résidence. C’est le concerto pour deux pianos que le Festival Présences donne à entendre. « L’œuvre s’appelle Zones de turbulences car je m’intéresse à des passages instables, avec l’apparition d’éléments inattendus. L’image qui me vient à l’esprit est celle d’une pierre qui ride la surface de l’eau. Il s’agit de cinq pièces de caractère, dont les premier et dernier mouvements sont les plus développés. A l’intérieur, il y a des mouvements très brefs, dont un qui est peut-être le plus bref jamais écrit puisqu’il fait huit mesures! J’ai dû resserrer le matériau au maximum afin que l’idée agisse comme un flash ». Créateur démiurge, poète de l’ombre et du reflet – ses œuvres démultiplient souvent un matériau jusqu’à l’infini, Philippe Manoury ne s’épanouit nulle part mieux que dans l’orchestre. « Avec l’électronique, c’est le médium auquel je suis le plus attaché. J’aime la multiplicité des sources, et je ne me lasse jamais du son de l’orchestre, sa polyphonie, la richesse de ses timbres et ses sonorités qui me fascinent. L’écriture pour orchestre me stimule car je m’y trouve chez moi : un pied dans la tradition et un autre dans l’expérimentation. D’un côté un effectif traditionnel et de l’autre une volonté de le faire bouger en le disposant autrement, par exemple autour du public ». On retrouve ici, la notion de turbulence et d’accident, chère à un compositeur au sommet de son art.

Laurent Vilarem