Philippe Mouratoglou guitare en liberté
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À l’occasion d’une série de concerts à la Salle Cortot, le guitariste Philippe Mouratoglou retrouve le violoncelliste Henri Demarquette en décembre. Entre complicité musicale, recherche d’équilibre sonore et exploration de répertoires, il nous parle de leur duo « Sol ».
Guitariste aux multiples facettes, Philippe Mouratoglou cultive une curiosité musicale qui le conduit de la Renaissance aux écritures contemporaines. D’un projet à l’autre, il explore aussi bien le répertoire soliste que la musique de chambre ou les pages concertantes avec orchestre, sans oublier des incursions dans les musiques improvisées : « Je suis avant tout guitariste classique, car c'est ma formation et mon univers musical, mais cela ne m'empêche pas de m'aventurer dans d'autres esthétiques, dans lesquelles je trouve une forme de ressourcement et de liberté. S'il fallait retenir une réalisation récente dont je suis particulièrement heureux, ce serait la sortie de mon dernier disque, Arcane 17, paru à la fin du mois d'août. Consacré au répertoire pour guitare seule du XXe siècle, auquel viennent s’ajouter des improvisations, cet enregistrement est l’aboutissement d’un long travail et marque une étape importante dans mon parcours. » À la salle Cortot le 1er décembre, Philippe Mouratoglou se produit en duo guitare-violoncelle : « Cette association demande d’être attentif à l’équilibre sonore : le violoncelle, avec sa caisse de résonance plus importante et la puissance que lui confère l'archet, projette naturellement davantage que la guitare. Il faut donc apprendre à s'écouter et à adapter son jeu. Le dialogue entre la guitare et le violoncelle demande à chaque instrumentiste de faire un pas vers l'autre. La musique prend forme dans cet effort partagé. » C’est avant tout une rencontre qui est à l’origine du projet : « Ce qui m'attire en musique de chambre, ce n'est pas tant l'association des instruments que la personnalité des musiciens avec lesquels je joue. Quand j’ai rencontré Henri Demarquette, j'ai très vite senti que nous avions des affinités musicales, des choses à partager. Nous avons donc décidé de nous lancer ensemble dans cette aventure et cela fait maintenant près de deux ans que nous jouons ensemble. Cette collaboration me permet d'explorer un répertoire et des possibilités sonores que je n'avais pas encore eu l'occasion d'aborder. »
De Espagne à l’Amérique latine
Le programme du concert traverse les siècles et les esthétiques, avec pour fil rouge les couleurs ensoleillées de l’Espagne et de l’Amérique latine. Il s’est construit au gré des envies des deux interprètes et fait écho au nom du duo, « Sol » : « Henri était spontanément attiré par l'Espagne, ce qui est assez naturel lorsqu'on pense à la guitare classique, même si cette association peut être réductrice au regard de la diversité de son répertoire. Nous avons ainsi envisagé des œuvres de Manuel de Falla ou encore la Pièce en forme de habanera de Ravel. De mon côté, j’ai proposé des compositeurs comme Villa-Lobos ou Piazzolla. » La Sonate pour violoncelle et guitare de Radamés Gnattali occupe une place particulière, puisqu’elle est la seule œuvre du programme composée spécifiquement pour cette formation : « Gnattali est un compositeur très connu au Brésil, mais encore relativement méconnu en France, alors même qu'il a beaucoup écrit pour la guitare. Ce qui me frappe particulièrement dans sa sonate, au-delà de la richesse des timbres propre à son langage musical, c'est l'équilibre presque miraculeux qu'il parvient à créer entre les deux instruments. Il fait notamment jouer le violoncelle en pizzicato, rapprochant ainsi sa sonorité de celle de la guitare. Il en résulte un dialogue d'une grande fluidité, dans lequel aucun instrument ne prend le dessus sur l'autre. » Le concert s’inscrit dans une série « carte blanche » de Philippe Mouratoglou à la Salle Cortot : « J’avais envie de faire découvrir toute la richesse de la guitare classique. C’est un instrument qui reste encore très associé aux musiques populaires, notamment au rock, et qui souffre toujours de nombreux préjugés. Pourtant, il possède un répertoire d’une grande diversité, qui ne se limite pas aux quelques œuvres que l’on entend régulièrement, comme le Concerto d’Aranjuez ou Asturias. À travers cette série, je souhaite contribuer, à mon échelle, à faire évoluer cette perception. » Pour les trois autres concerts prévus, le musicien sera rejoint d’abord par le guitariste Rémi Jousselme et le mandoliniste Julien Martineau, puis l'ensemble La Follia dirigé par Hugues Borsarello, avant une dernière date en solo. Une belle diversité de formations pour sublimer les différents visages de la guitare.
Elise Guignard - publié le 02/11/26