Dossiers - Romantique

Beethoven 32 sonates pour piano

Beethoven
On fêtera en 2020 le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven.
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Le cycle des 32 sonates pour piano de Beethoven est une œuvre monumentale qualifiée de « nouveau testament de la musique » par Hans Von Bülow (l’ancien testament faisant référence au clavier bien tempéré de Bach). Porté par les progrès de la facture instrumentale, Beethoven fait basculer l’écriture pour piano dans l’ère romantique.

Toute sa vie, Beethoven entretient une relation privilégiée avec le piano. Dès 5 ans, il montre de grandes capacités musicales et découvre rapidement, sur le clavier familial, les joies de l’improvisation solitaire qu’il préfère aux séances de travail prodiguées par son père. Son professeur, Christian Gottlob Neefe, déclare qu’il « touche du piano avec beaucoup d’adresse et de force. Il déchiffre très bien et surtout, il joue Le Clavier bien tempéré de J.S. Bach, que l’on peut désigner comme le non plus ultra de notre art. » Le jeune homme dédie donc naturellement ses premières compositions au piano : les Variations sur une marche de Dressler puis les Trois Sonates à l’Électeur (sans numéro d’opus). À seulement 12 ans, on peut déjà voir dans ces premières pièces poindre la personnalité du futur compositeur de génie.  

La composition des 32 sonates s’échelonne de 1795 à 1822. Véritable lieu d’exploration sonore, prétexte à toutes les audaces et anticipant parfois sur la facture instrumentale, elles témoignent de l’évolution de l’écriture pour piano et de la forme sonate, dont les cadres explosent sous la plume de leur compositeur. 

Les premières sonates (1795-1800)

Installé à Vienne depuis 1792, Beethoven commence à se faire connaître dans la capitale autrichienne. Bientôt, il publie les Trois Sonates n° 1 à 3 op. 2 (1795), premières sonates à faire l’objet d’un opus. Dédiées à Haydn, elles s’éloignent déjà de l’esthétique du vieux maître qui ne s’était pas trompé à propos de son élève indiscipliné : « Il sacrifiera la forme à l’expression », dit-il un jour. À l’étroit dans le moule de la sonate classique qu’il cherche à faire éclater, Beethoven laisse libre cours à son imagination. Les idées s’enchaînent parfois de manière imprévisible au sein d’une forme en quatre mouvements, peu usitée dans les sonates de l’époque. La critique ne manque pas de remarquer ce jeune compositeur prometteur : « Beethoven, un génie musical [...] il semble avoir pénétré dans le Saint des Saints de l’art. » La sonate suivante (n° 4 op. 7) est la première à bénéficier d’une publication séparée, rehaussée du titre « Grande Sonate ». Elle se distingue par sa durée (la plus longue après la future « Hammerklavier ») et sa difficulté technique. Grands écarts, octaves brisés, gammes rapides, trémolos…, Beethoven commence à traiter le piano comme un orchestre.

Le compositeur est alors une personnalité en vue. Malheureusement, dès 1797, les premiers signes de la surdité naissante se font ressentir. Conscient du mal qui le ronge mais incapable de s’en ouvrir à qui que ce soit, il se lance éperdument dans le travail. Les Trois Sonates n° 5 à 7 op. 10 qui suivent sont comme le reflet de ses états d’âme, entre révolte et doute, lutte et résignation. Beethoven continue de se démarquer en usant d’une écriture résolument moderne (recherche autour du timbre, nouvelle conception du thème...). Mais si la critique reconnaît son génie et son originalité, elle déplore également la surabondance d’idées dans ses compositions, parfois difficiles à suivre et à comprendre. Cela n’arrête pas le compositeur qui, une fois encore avec la n° 8 op. 13 (surnommé « Pathétique » par l’éditeur), casse les codes du genre en commençant par une introduction grave, ce qui ne se faisait guère à l’époque que dans les symphonies.  

Chaque sonate du compositeur, unique, apporte son lot d’audaces même si toutes ne sont pas révolutionnaires, à l’image des Deux Sonates n° 9 et 10 op. 14 plus intimes et charmantes. La suivante, la n° 11 op. 22, renoue néanmoins avec la veine épique dans une vaste partition, à nouveau en quatre mouvements.  

Maturité et explosion du cadre (1801-1809) 

Beethoven poursuit sa route sur le chemin du succès. Une nouvelle sonate voit le jour, n° 12 op. 26, dans laquelle il renonce à l’allegro de forme sonate et commence par un thème et variations. Mais c’est surtout le troisième mouvement en forme de marche funèbre qui est remarquable et lui vaut les éloges de la critique, bien que celle-ci considère l’œuvre comme « trop élaborée » dans l’ensemble. Les deux Sonates n° 13 et 14 op. 27, quant à elles, soulignent par leur sous-titre « quasi una fantasia » l’impression d’improvisation qui s’en dégage.

En 1802, les progrès de la surdité sont indéniables et Beethoven se confie enfin à son ami Wegeler : « Depuis presque deux ans, j’évite toute société, parce que je ne puis pas dire aux gens : « Je suis sourd ». Si j’avais quelque autre métier, cela serait encore possible ; mais dans le mien, c’est une situation terrible. » Le doute et l’abattement (desquels naîtra le fameux testament d’Heiligenstadt) n’auront pas raison de son génie créatif. Suite à la publication de sa Sonate n° 15 op. 28, Beethoven aurait déclaré à son ami Krumpholz : « à présent, je veux marcher dans des chemins nouveaux ». Les sonates suivantes continueront donc d’éclater la forme pour favoriser l’expression : traitement du timbre comme un élément essentiel de la composition, étendue du registre (la Sonate n° 21 op. 53 « Waldstein » s’étend sur cinq octaves), choix d’une forme souvent en deux mouvements..., l’écriture de Beethoven est de plus en plus libérée des contraintes de la tradition. 

Après l’achèvement de la n° 23 op.23 « Appassionata » (1806), Beethoven délaisse un temps le genre de la sonate. Il faudra attendre trois ans (1809) avant la publication de la n° 24 op. 78.
Suivront en peu de temps la « Sonatine » op. 79,
puis la n° 26 op. 81a, dédié à l’archiduc Rodolphe et sous-titré « Les Adieux », dans lequel Beethoven donne un titre à chacun des mouvements.

Les dernières sonates (1814-1822) 

Quatre années de silence dans le genre de la sonate pour piano s’écoulent après la publication de l’op. 81a. Beethoven enchaîne les déceptions amoureuses, et ses mécènes disparaissent les uns après les autres. L’irrémédiable perte d’audition le conduit bientôt à la surdité totale et rend difficile les prestations publiques. Résigné à vivre en solitaire, il s’isole de plus en plus du reste du monde. Pourtant, comme un ultime besoin de composer pour son plus fidèle ami, le compositeur renoue avec la sonate pour piano en 1814. Les 6 dernières sonates seront d’une complexité et d’une densité inédites. La n° 27 op. 90 innove par ses indications de tempo en allemand, et pour la première fois avec la n° 28 op. 101, Beethoven utilise le terme de « Hammer-Klavier ». Si cette sonate a recours à des sonorités originales et inédites, Beethoven va encore plus loin dans la suivante, la n° 29 op. 106 « Hammerklavier », composée pour mettre en avant toutes les potentialités techniques, sonores et expressives des nouveaux pianos. En résulte une œuvre hors du commun, la plus longue de toutes ses sonates. Ses trois dernières pièces seront composées entre 1820 et 1822, la n° 32 op. 111 mettant un point final au cycle des 32 sonates, mais nullement à la production de Beethoven qui continuera à composer de grands chefs-d’œuvre. 

Contrastes, oppositions de masses, extension du registre de jeu, utilisation du timbre instrumental comme élément moteur de la composition, conception presque symphonique du clavier, le « souverain incontestable de l’instrument » comme l’appelait Stravinski aura révolutionné la musique pour piano, la faisant définitivement basculer dans l’ère romantique. Si elles ont plus d’une fois dérouté les auditeurs de l’époque, les 32 sonates resteront un modèle incontesté pour les générations futures.

 

Floriane Goubault

Repères

  • 1770

    Naissance à Bonn
  • 1792

    Trois Sonates op. 2
  • 1801

    Sonate « Clair de lune »
  • 1804

    Sonate « Appassionata »
  • 1809

    Sonate « à Thérèse »
  • 1810

    Sonate « Les Adieux »
  • 1819

    Sonate « Hammerklavier »
  • 1827

    Décès à Vienne