Dossiers - Romantique

Beethoven Les symphonies

Beethoven
Beethoven nous a laissé des symphonies parmi les plus marquantes de l’histoire de la musique.
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Intemporelles, les 9 symphonies de Beethoven forment un monument dans l’histoire de la musique. Chacune recèle des trésors d’inventivité qu’on ne se lasse pas de découvrir ou ré-découvrir au fil de leur écoute.

En 1800, année de création de sa première symphonie, Beethoven est déjà un compositeur reconnu, reçu dans les salons de l’aristocratie viennoise. Alors âgé de 30 ans, remarqué pour ses œuvres originales dédiées au piano ou à la musique de chambre, il est désormais temps pour lui de se lancer dans l’aventure symphonique. Musicien indépendant, financièrement soutenu par de grands mécènes à qui il dédiera toutes ses symphonies (à l’exception de la Symphonie n° 8, sans dédicace), Beethoven prend le temps de mûrir ses œuvres. En résulte un corpus de seulement 9 symphonies (bien loin des 100 et quelques de Haydn, ou même des 41 de Mozart) mais toutes des chefs-d’œuvre, échelonnées sur environ 25 ans et émanant d’un long processus de création. 

Entre tradition et modernité

Beethoven prouve qu’il a retenu les leçons de ses prédécesseurs, notamment celles de son maître Joseph Haydn. Avec lui, il apprend le travail motivique qu’il met en pratique dès l’allegro final de sa Symphonie n° 1, par une gamme ascendante qui se construit progressivement avant de s’affirmer comme élément principal du thème. Mais l’exemple le plus abouti de construction motivique est sans conteste la Symphonie n° 5, dont le premier mouvement repose entièrement sur le fameux motif de quatre notes (« pom pom pom pom »…). C’est aussi de Haydn que le compositeur retient les introductions lentes en début de mouvement, un procédé qu’il utilise à plusieurs reprises (Symphonies n° 1, 2, 4 et 7). Des grands maîtres du passé – Bach, et surtout Händel qu’il admire –, Beethoven apprend l’art du contrepoint et de la fugue dont il émaille avec talent certains mouvements, à l’image du majestueux passage fugué dans la marche funèbre de la Symphonie n° 3. L’ombre de Mozart plane également sur ses premières œuvres, en particulier dans l’andante de la Symphonie n° 1 où l’on perçoit des échos de la Symphonie n° 40 de Wolfgang Amadeus. 

Beethoven ne révolutionne pas la forme classique de la symphonie dont il conserve la coupe en quatre mouvements (à l’exception de la Symphonie n° 6 « Pastorale » en cinq mouvements), parfois enchaînés sans transition (apparition soudaine de l’orage dans la « Pastorale ») ou via une progression savamment travaillée (grand crescendo à la fin du scherzo de la Symphonie n° 5). Le compositeur systématise la forme sonate du premier mouvement mais abandonne le menuet au profit du scherzo, plus vif de caractère, qui prend parfois une forme « double » (Symphonies n° 4 et 7). Seule la Symphonie n° 8 qui, par ailleurs, n’a aucun mouvement lent, se verra revenir au classique menuet. De plus, sans se restreindre au cadre étroit des formes prédéfinies, Beethoven affectionne les combinaisons (forme rondo-sonate dans l’allegro final des Symphonie n° 2 et 8), les variations de toutes sortes (dernier mouvement de la « Pastorale », allegretto de la Symphonie n° 7) ou même les formes beaucoup plus libres (l’orage de la « Pastorale »). Si la coupe en quatre mouvements est conservée, leur développement est tel que les symphonies prennent des proportions gigantesques pour l’époque : la Symphonie n° 3 « Héroïque », avoisinant les 50 min, est la plus longue – après la 9e de plus d’une heure – et déroutera les auditeurs à sa création par sa durée et son audace. 

Audace et innovation

«Surprendre » : tel serait le maître mot de Beethoven dont le style d’écriture, si caractéristique, imprègne chacune des symphonies : accents martelés (premier mouvement des Symphonies n° 3 et 4), contrastes de nuances et forte subito, sforzando à contretemps... Sur le plan harmonique, le compositeur ne manque pas non plus d’audace, comme le prouve le tout premier accord de la Symphonie n° 1, une septième de dominante de fa majeur là où l’auditeur attendait du do majeur. « C’est l’explosion désordonnée de l’outrageante effronterie d’un jeune homme », dira la critique de l’époque. Les éléments originaux prennent bien d’autres formes, à commencer par l’écriture orchestrale plus moderne. Si les cordes sont encore prédominantes, les bois sortent de leur rôle harmonique et prennent de plus en plus d’importance : le piccolo imitant le hurlement du vent dans la « Pastorale », le basson soliste dans le virtuose perpetuum mobile de la Symphonie n° 4 (allegro final). Les cuivres aussi sont plus présents avec l’ajout de cors dans les Symphonies n° 3 et 9, et l’apparition des trombones dans les n° 5, 6 et surtout la n° 9 pour la « fanfare de l’effroi » comme disait Wagner à propos de l’introduction du Finale. Mais la grande innovation de Beethoven est surtout l’utilisation qu’il fait de la timbale, à qui il confie des passages solistes à plusieurs reprises : l’ostinato à la fin de l’adagio de la Symphonie n° 4, le martèlement de do (158 do !) à la fin du scherzo de la Symphonie n° 5 ou encore dans le scherzo de la Symphonie n° 9

À chaque œuvre, Beethoven cherche un nouveau sentier sur le chemin du genre symphonique. Ne jamais se répéter, proposer sans cesse quelque chose d’innovant et d’original semble être la devise du compositeur. La preuve en est au fil des symphonies avec la colossale « Héroïque », audacieuse à tout point de vue, avec l’incursion dans la musique à programme de la « Pastorale » (« plus expression des sentiments que peinture », mais qui nous offre cependant un superbe tableau coloré des chants d’oiseaux, orage et ruisseau), avec l’énergie rythmique de la Symphonie n° 7, « apothéose de la danse » selon Wagner, et même le retour au classicisme de la Symphonie n° 8, presque surprenant de la part de Beethoven. La créativité du compositeur atteint son sommet avec la Symphonie n° 9, la dernière, la plus longue, dernière étape de l’aventure symphonique. Tout concourt à faire de cette symphonie l’ultime chef-d’œuvre de Beethoven : la puissance dramatique du premier mouvement (son introduction mystérieuse et sa surprenante coda aux allures de marche funèbre), le scherzo exceptionnellement en seconde position, particulièrement long et d’une grande vivacité, le sublime adagio en forme de variations, et enfin l’époustouflant finale avec chœur et solistes, marche turque et fugato choral, s’achevant par l’explosion de joie sur les paroles du poème de Schiller « Freude, schöner Götterfunken » (« Joie, belle étincelle divine »). Véritable triomphe à sa création, la symphonie sera érigée au rang de symbole, immortalisée en 1989 par l’interprétation de Leonard Bernstein à Berlin après la chute du mur, tandis que « L’Ode à la joie » est, depuis 1985, l’hymne européen.  

Les 9 symphonies de Beethoven, nées de l’élan créateur d’un compositeur de génie, va s’imposer comme modèle pour les générations futures et intimider plus d’un compositeur, notamment Brahms qui, écrasé par le poids d’un tel héritage, ne composera sa Symphonie n° 1 (la « Dixième Symphonie de Beethoven » pour Hans von Bülow) que tardivement, à 43 ans. Certains n’ont d’ailleurs pas réussi à dépasser le chiffre 9 fatidique, alimentant au xixe siècle la superstition qui voudrait qu’aucun compositeur ne survive à l’écriture de sa neuvième symphonie. De nos jours encore, ces symphonies ne cessent d’inspirer les artistes qui les reprennent et les transforment, depuis la Dixième Symphonie de Pierre Henry, grand remix des 9, jusqu’à leur utilisation dans les bandes originales de films ou la publicité.

 

Floriane Goubault

Repères

  • 1800

    Symphonie n°1
  • 1802

    Symphonie n°2
  • 1804

    Symphonie n°3
  • 1806

    Symphonie n°4
  • 1808

    Symphonie n°5 et 6
  • 1812

    Symphonie n°7 et 8
  • 1824

    Symphonie n°9
  • 26 mars 1827

    Mort à Vienne